Docteurs, je vous aime !

18 janvier 2012

Docteurs, on vous aime !

 

Mais pas toujours...

Nous souhaitons rassembler sur ce blog les remarques, les actes, les attitudes ; les blessures, les hontes, les humiliations, les erreurs (car il y en a)...

Pourquoi ?

Pour nous, patients, parce que ca va mieux en le disant.

Pour vous, docteurs, parce que ca fait parfois du bien de s'entendre.

 

Patients, envoyez-moi vos recits a iloveyoudoctors@gmail.com sans citer de noms, en restant fideles a la realite, et avec un brin d'humour c'est encore mieux !

Declaration :

Nous avons cree ce blog dans le but de donner la parole aux patients sur un probleme reel, documente et douloureux. Comme nous ne sommes pas medecins, nous avons choisi non pas d'ecrire des articles, mais de laisser parler les victimes.

Nous ne sommes pas CONTRE le corps medical. Le manque de respect existe dans les deux sens et fait partie d'un probleme global, qui ne peut qu'empirer au vu de la degradation des conditions de travail du corps medical et du systeme de sante francais.

Nous avons choisi cet angle de vue et d'expression suite a nos experiences personnelles. Il en existe d'autres, qui possedent leurs propres sites d'expression. Respectons-nous, ecoutons-nous.

_les blogueurs_ 

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Nous sommes dans un hôpital.
Ils sont là les deux médecins. Ils n'ont pas fait attention à moi, pourtant je suis juste à peine plus loin. Ils n'ont pas pensé que j'accompagnais le malade.

Mon beau père est allongé sur son lit à roulettes (ou brancard ? je ne sais pas le nom exact)  il vient de passer des examens et on doit le ramener dans sa chambre. Il est gravement malade. Je l'accompagne car sa famille est à l'accueil pour les papiers et il se sent perdu sans eux.

Et soudain j'entends les médecins dire à haute voix  "bon on va faire ramener le maccabée dans sa chambre" en montrant mon beau père du doigt.

Je suis restée figée, tétanisée, et je n'avais qu'un espoir, c'est qu'il n'ait rien entendu, mais il ne pouvait pas ne pas les entendre, les médecins étaient devant son lit.

Peu de temps après, dans sa chambre, mon beau père m'a dit "tu sais je les ai entendus, j'ai compris que je vais mourir, ils m'ont traité de maccabée" et il retenait ses larmes de toute la force du peu de dignité qui lui restait.

Oui, il est décédé, 17 mois plus tard, et durant tout ce temps il a eu ces mots comme un poignard dans le coeur. Aussi peu de respect pour un être humain ce n'est pas acceptable.

C'était il y a 12 ans et je n'oublierai jamais cette phrase et le regard de mon beau père quand il m'a dit qu'il les avait entendus.

L.

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Moi, mon problème, c'est que je suis soi-disant trop grosse. C'est vrai, je suis ronde, je le vis très bien, mon poids est stable et je n'ai pas de problèmes alimentaires. Je m'aime bien et la vie me le rend au centuple. Sauf quand je vais chez le médecin. La dernière fois j'y allais pour mon fils, et il a fallu que le médecin me rappelle que j'étais en surpoids ! On crois rêver... Je n'ai même pas su quoi lui répondre, mais il ne me reverra pas...

Il y a trois ans quand j'ai été hospitalisée pour des calculs, et je me suis retrouvée au régime forcé... "oui madame, vous êtes en surpoids, cela présente des risques pour votre santé. Donc on va faire un peu attention, d'accord ?"

Je suis toujours à l'heure d'aujourd'hui une femme épanouie et bien dans ma peau sans problème de santé. Je crois que vais me fabriquer une petite pancarte, que je me collerai sur le front la prochaine fois que je vais consulter pour une grippe.

C.

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1er juillet, 15h30.

Aujourd’hui, on va voir notre fille pour la dernière fois avant le jour J. Les échos c’est toujours un peu magique, plein d’émotion et j’ai hâte d’y être. La gynécologue nous fait entrer dans son cabinet avec un grand sourire. Je n’ai pas été suivie par elle pour ma grossesse, tout simplement parce que j’ai décidé d’accoucher à la maison. J’ai donc opté pour un accompagnement global avec deux sages-femmes libérales. Je ne suis pas encore inscrite à l’hôpital (je dois le faire dans quelques jours en cas de transfert durant mon accouchement), la gynéco n’a donc aucun dossier sur moi et elle me pose de nombreuses questions. En règle générale j’évite de dire que je souhaite accoucher à domicile car je sais que c’est souvent mal accepté par le corps médical. Mais là je me vois obligée de le faire, pour expliquer pourquoi elle n’a pas de dossier.

A partir de ce moment-là, son attitude change complètement. Elle ne sourit plus, son regard est très froid. Elle me regarde avec le plus grand des mépris. Je m’attends à un affrontement., je l’espère presque; si elle est en désaccord avec mon désir, si elle le juge dangereux pour mon bébé ou pour moi, elle va me mettre en garde, elle DOIT me mettre en garde, c’est son travail après tout. Mais elle n’en fait rien, elle n’essaie pas de me faire changer d’avis, je comprends alors que ma santé où celle du bébé lui importent peu. Ce qui compte c’est que je viens de blesser son égo de médecin. Elle est vexée que j’ose imaginer pouvoir me passer de son incroyable science. A partir de là, nous n’échangerons pratiquement plus aucun mot.

Elle me fait passer dans la salle d’échographie et m’ordonne de retirer mon pantalon et ma culotte. Je suis un peu surprise et devant mon hésitation elle me dit très sèchement qu’avec elle c’est comme ça. J’ai juste à obtempérer et me taire. Je m’installe sur la table, très mal à l’aise, et là, la torture commence. C’était censé être un moment fantastique, mais elle en a décidé autrement. Avec la sonde, elle martèle mon ventre, je reçois chaque coup comme une humiliation. Ca fait mal. Je suis tétanisée. Pourquoi cette violence ? Qu’ai-je donc fait de mal ? J’essaie de me concentrer sur l’écran pour supporter la douleur. Je regarde ma fille et je lui parle en silence, je la rassure alors que moi-même je ne comprends pas ce qui se passe. Ensuite la gynéconne passe sa sonde vers mon bas-ventre. Elle appuie, très fort. La tête de mon bébé est là, juste derrière, mais elle continue de me labourer le ventre, et je n’arrive toujours pas à dire quoi que se soit. Je la fixe, les yeux écarquillés, mais rien ne sort. Je reste bouche bée, tellement choquée par ce que je suis en train de vivre.

Elle finit par faire une échographie endo-vaginale, sans aucune explication, et moi je n’en demande pas. Je n’ai qu’une hâte c’est de partir de là, donc je la laisse faire et me ferme complètement à ce qui m’entoure.

2 juillet, 1h : Je contracte toutes les 4 minutes, je perds du sang…

3 juillet, 3h23 : J’accouche de ma petite fille avec deux mois d’avance…

Coïncidence malheureuse ? Conséquence directe de cette échographie ? Je ne le saurai jamais avec certitude. Ce dont je suis persuadée en revanche c’est que la violence psychologique avec laquelle j'ai subi cet acte a gâché les derniers instants de ma grossesse et n’est sûrement pas tout à fait étrangère à mon accouchement prématuré.

F.

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Je participe à ce blog tout neuf avec une petite anecdote de gynécologie...

Ayant malencontreusement perdu (à tout jamais semble-t-il) les coordonnées de mon ancienne gynéco (et c'est bien dommage parce qu'elle me convenait tout à fait), je suis partie à la recherche d'une praticienne de bonne réputation près de chez moi. Bien évidemment, selon mon habitude, j'ai été voir sur internet. Et j'ai trouvé ce qui semblait la perle rare : une gynécologue (femme) à deux stations de métro de chez moi, pratiquant des tarifs de consultation très raisonnables, à l'écoute, douce et compréhensive, enfin bref apparemment, tout le monde était conquis. Rendez-vous est pris dans la foulée, quasiment pas d'attente, nickel chrome.

Arrive le jour du rendez-vous. Je me pointe à l'heure... Enfin, de mon point de vue, c'est-à-dire que je me pointe à l'heure du rendez-vous d'avant. Mon cerveau et moi, on a l'habitude, alors on patiente sans stress dans la salle éponyme. Je suis seule, tout est calme, du coin de l'oreille j'espionne la secrétaire pour passer le temps : elle est un brin excentrique et je lui trouve une drôle de voix.

le médecin finit par m'accueillir, une femme mûre, calme et posée ; nous remplissons la traditionnelle fiche de renseignements. Du haut de mes vingt deux ans, j'explique vaillamment à cette inconnue qui pourrait être ma grand-mère la raison de ma visite : il me faut une ordonnance pour une nouvelle pilule, la mienne ne me convient plus car elle inhibe ma libido. Je guette en vain, un court instant, une lueur de complicité dans son oeil neutre et professionnel. Evidemment, comme cela fait deux ans que je n'ai pas été voir un de ses pairs, je suis bonne pour passer sur la table d'examen (parce que nous les femmes, veinardes que nous sommes, nous nous devons de guetter dès notre puberté les signes avant-coureurs d'un éventuel cancer du col de l'utérus, parce que décidément, être une fille c'est un peu trop facile, et qu'avec les règles, la pilule, l'épilation, les imperfections de la peau et je passe sur le superflu, ben on s'ennuie, un peu, et les gynéco en attendant, on leur arrondit pas leurs fins de mois avec nos tampons et nos crèmes hydratantes).

Moi, trop gentille (j'avais pourtant prévu le coup, je m'étais pourtant jurée de refuser ! mais je pense que le corps soignant apprend à maîtriser l'hypnose en fac de médecine, comme Khââ, le serpent du livre de la jungle, avec ses yeux qui se mettent à faire des vrilles) je fais mes adieux (discrets mais déchirants) à ma culotte et hop, cul nu sur le fauteuil, avec la loupiote entre les jambes ; de quoi donner la grosse tête à mon tralala, peu habitué à se retrouver ainsi sous les feux de la rampe. Moment de gloire. Bon, je n'ai pas tenté la blague, soupçonnant fortement ma praticienne d'avoir laissé son sens de l'humour à la même époque que sa solidarité féminine, probablement dans les années 70. Bref, ce qui s'ensuit est un "examen de gynécologie normal" avec frottis vaginal (aïlle beurk maman au secours, on m'enlève un bout !). Sitôt retiré le speculum dernière génération en plastique transparent, je vais (ingénue que je suis !) pour me relever et réintégrer ma chère culotte 100% coton, celle avec les pois, qui se détricote un peu au niveau des cuisses mais je m'en fous parce que c'est ma culotte à moi que j'aime (surtout dnas ces moments-là ; on s'attache vite aux êtres, dans l'adversité).

You Fool, comme disent nos amis anglophones. Je me vois clouée sur place oralement (pouvoir magique de corps soignant oblige) par un "ce n'est pas terminé !" sec, que dis-je, aride comme un désert de sel (si vous préférez les comparaisons culinaires, ce serait plutôt comme un sandwich pain rassis / rôti de porc trop cuit, voyez, sans assaisonnement ni rien). Bé non, suis-je bête, il y a encore le fameux "toucher vaginal" ! Le toucher vaginal est à la médecine ce que le radar est à la sécurité routière : c'est chiant, désagréable, quasiment toujours inutiles et ça ne sauve pas de vies. Je m'insurge donc timidement (toujours sous l'emprise du pouvoir hypnotique des lunettes sévères qui me dévisagent) et, tenez vous bien, j'ose.... demander... pourquoi !

ça vous en bouche un coin non ? Non ? Ben à la gynécologue, si. Elle a pris un air encore plus sévère et surpris en même temps, indignée qu'une petite dévergondée (rappelons-nous ensemble l'objectif initial de ma visite...) de 20 piges lui pose une telle question, stupide de surcroît, et fasse mine de lui apprendre son métier. Non mais sincèrement, comme si c'était à la patiente de décider ! Elle me répond donc, en bafouillant de stupeur, que si j'avais été voir un gynécologue plus régulièrement (je me sous-médicalise, vilaine fille que je suis !), j'aurais su que c'est la procédure normale, et qu'on a toujours fait comme ça, que c'est la deuxième partie de l'examen et qu'il serait totalement hors de propos que je m'y soustrayasse (ça elle ne l'a pas dit mais elle l'a fait passer via son pouvoir d'hypnose). Ce qui fait que j'ai repoussé mes touchantes retrouvailles avec mon sous-vêtement pour que madame puisse s'acquitter glorieusement de son geste hautement professionnel, à savoir m'insérer deux doigts dans le vagin tout en m'appuyant sur le bide, puis doctement déclarer qu'il n'y a rien à déclarer.

Pour un renouvellement de pilule (oui car au final, il a été décidé que sur deux pilules je n'en prendrais plus qu'une et que le souci devrait être réglé), j'aurai donc subi contre ma volonté et sans aucune nécessité : un frottis (mais bon, passe encore, au moins les résultats sont fiables), un toucher vaginal strictement inutile, une exhibition à l'ancienne (nul besoin de préciser qu'il n'était pas question de méthode anglaise ici) et une prise de bec avec une gynécologue ancrée dans ses gestes et ses habitudes, incapable de me donner une seule raison valable et claire à cet examen intrusif, qui a manifestement oublié qu'autour de l'appareil génital, l'enveloppe qui bouge, parle, ressent et pense, ça s'appelle un être humain.

J'en ai eu pour 60 euros.

Camille, femme du XXIe siècle

[Pour les frottis : http://martinwinckler.com/article.php3?id_article=795, http://www.frottis.info/

Pour les TV consulter : http://fr.wikipedia.org/wiki/Toucher_vaginal ]

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Posté par azrada à 04:11 - Commentaires [0] - Permalien [#]